VIE MA VIE (épisode 1)

Le quotidien d'une étudiante séjournant à Madrid - by Annachiara

Un rayon de soleil me titille le visage…J’essaie de résister à la lumière et à la chaleur, de retourner à mes rêves placides, mais le soleil est plus fort que moi et tout effort se révèle inutile.

Je me réveille en pestant, il est déjà deux heures de l’après-midi, et mon estomac affamé me mène à travers le salon en vue de chercher un peu de lait et quelque chose à grignoter mais,  en vain, comme d’habitude, je ne parviens pas à trouver cela dans mon placard. Dans notre appartement, la simple présence de ces aliments de première nécessité dans un des placards des colocataires implique un certain sens moral, du sérieux, et toutes ces qualités sont généralement attribuées à ce qui honnêtement devrait être défini comme d’un ennui certain. Enfin, selon ma conception personnelle de l’ennui.

Je m’en veux de m’être réveillée si tard, ce dimanche j’étais sensée aller au Rastro, le marché aux puces madrilène destiné aux touristes désespérés à la recherche de nouvelles tendances et vieilleries à petits prix ; c’est devenu une véritable mission pour moi, 5 mois à Madrid et je n’ai pas été capable de me réveiller une seule fois à une heure décente pour y arriver à temps. Ce qui me réconforte c’est que mes colocataires sont encore en train de dormir… ah non, j’entends deux personnes qui parlent à l’autre bout de l’appartement.

 

 

 

Un inconnu sort d’une des chambres : “Hola, soy Carlos, encantado”, “Hola, Anna, encantada” “Bienvenida a Espana”. Deux baisers sur la joue, comme les gens ont l’habitude de le faire ici, et le voilà parti, probablement pour ne plus jamais revenir. C’est la centième fois que je participe à la même scène de théâtre : Carlos, Javi, Alvaro, Mark, Katie, Claire, Andrea, Laura, et tant d’autres, apparaissent ici, une fois la nuit tombée, dans notre appartement de 10 personnes pour disparaître plus tard à la lumière du milieu de l’après-midi.

Ma colocataire sort de sa chambre, je m’informe alors :“¿Y el tio de donde sale?[1]”, “ Ah, no lo sé, lo conoci anoche, parece simpatico [4]“, “Ah guay, entonces estuvimos en 12 esta noche[3]”, “Porqué, ¿tù…?[4]” “Hum, si estoy en compañía… ¿Tienes un ibuprofeno? El dolor de cabeza me está matando.[5]“Toma, toma, y pásatelo bien[6]”, me répond-t-elle avec complicité.

Ah oui, j’oubliais de le préciser, il y a un type couché dans mon lit à draps rouges ; mais ici c’est Madrid, et même si tu le veux, il est bien difficile de rester seule.

 

[1] Et le type, d’où il sort ?

[2] Ah, je n’en ai pas la moindre idea, je l’ai rencontré hier soir… il a l’air sympa.

[3] Ah cool, nous étions donc 12 cette nuit.

[4] Pourquoi, toi…?

[5] Hum oui, j’ai de la compagnie… est-ce que tu as un ibuprofène? J’ai une douleur de crâne abominable.

[6] Tiens, prends-en, profites-en bien

 

 

 

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